Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" pour permettre, selon le "charisme" de chacun,
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir.


Dimanche 4 janvier : L'Épiphanie du Seigneur.
Dimanche 11 janvier : Le Baptême du Seigneur.
Dimanche 18 janvier : Deuxième dimanche du temps ordinaire.
Dimanche 25 janvier : Troisième dimanche du temps ordinaire.
Dimanche 1 février : Quatrième dimanche du temps ordinaire.
Dimanche 8 février : Cinquième dimanche du temps ordinaire.



DIMANCHE 4 JANVIER 2009
L'ÉPIPHANIE DE NOTRE SEIGNEUR



Références bibliques

Du livre du prophète Isaïe. 60. 1 à 6 : "Les nations marcheront vers la lumière."
Psaume 71 : "Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice."
Lettre de saint Paul aux Ephésiens. 3. 2 à 6 :"Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage."
Evangile selon saint Matthieu. 2. 1 à 12 :"Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?"

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En lisant cet épisode de l'enfance de Jésus, il faut aller au-delà du genre littéraire utilisé par saint Matthieu. En réalité, le récit des faits rapportés par lui devient un récit théologique élaboré à la lumière du mystère pascal.

DE L’ENFANCE A LA RÉSURRECTION

Une lecture attentive nous le fait découvrir par plusieurs détails. Ils nous ouvrent une lecture plus large que le merveilleux immédiat de cette "épiphanie", même si elle se situe dans le prolongement du prophète Isaïe.

Le titre de "Rois des Juifs", par lequel les mages désignent le nouveau-né, réapparaîtra dans la bouche de Pilate au moment du procès de Jésus et de sera l'inscription de l'écriteau de la croix.

Devant ce même questionnement de la part des mages, le roi et les prêtres ne dépassent pas leur interprétation humaine de l'Ecriture. Et ce sont les païens, les nations, qui iront jusqu'au seuil du mystère.

Cette attitude des interlocuteurs des mages rejoint celle des chefs juifs durant la vie publique et la Passion de Jésus.

La manifestation de Jésus aux mages est ainsi le commencement et le germe de la manifestation plénière qui se déploiera dans la mort et la résurrection du Christ, manifestation qui éclatera au matin de la Pentecôte.

LE SALUT DES NATIONS

Il ne faut pas non plus réduire la visite des mages à une aimable scène un peu folklorique permettant de mettre un peu de couleur dans les crèches.

Saint Matthieu marque la nouveauté radicale que Jésus révèle dans sa mission de salut et que saint Paul souligne dans toute sa prédication. Le passage de la lettre aux Ephésiens le rappelle aujourd'hui : les païens ont accès au salut sans être fils d'Israël.

A la question des mages, le pouvoir religieux et les scribes répondent sans hésitation : le Messie doit naître à Bethléem. Il leur suffit de s'appuyer sur la connaissance des Ecritures. Mais ils jugent inutile de vérifier le fait dont on vient de les mettre au courant. S'ils ont la connaissance de ce qu'en dit le prophète, ils ne jugent pas utile de se mettre en route à la rencontre de celui dont ils viennent de parler. Ils restent figés et enfermés dans leurs certitudes, comme ils le seront tout au long du ministère de Jésus. "Ils disent et ne font pas", dira plus tard Jésus à leur propos.

De leur côté, les mages païens qui cherchent la vérité, se renseignent auprès de ceux qui leur paraissent les plus aptes à les éclairer au moment où l'étoile n'est plus là pour éclairer leur chemin. Quand on leur indique une orientation possible pour la trouver, ils reprennent leur recherche. A Bethléem, la "synagogue" en sera absente.

En offrant au nouveau-né l'hommage des nations lointaines, les mages païens réalisent, par leur comportement, les prophéties messianiques qu'attendaient les juifs croyants. Païens de bonne volonté, les mages préfigurent tous ceux qui accèderont à la Bonne Nouvelle du salut universel en acceptant de vivre la vérité qu'ils ont découverts, même partiellement.

ACCUEILLIR LE PROJET DE DIEU

Lorsque nous méditons aujourd'hui cette manifestation universelle de Dieu, c'est-à-dire la révélation de son dessein de salut pour tous les hommes, nous ne pouvons faire autre chose que de nous demander, à notre tour, comment nous l'accueillons.

Parler de salut universel, ce n'est pas seulement évoquer une vague espérance spiritualiste qui, dans une pieuse confusion, regrouperait toutes sortes de courants plus ou moins religieux ou philosophiques, Jésus n'étant alors que l'image symbolique privilégiée. Le salut est une réalité dont la souche est en Jésus, le Christ.

Dans le même temps, il ne se greffe pas que sur la seule Promesse et la seule Alliance d'Israël. C'est parce qu'il est pleinement homme que le Christ peut être le sauveur de tous les hommes. Les racines même du salut sont dans l'humanité plénière de Jésus. C'est elle qui est universelle et qui assume tous les hommes, de tous les temps, de toute race, de tout pays et de toutes cultures.

Les mages nous révèlent ainsi que tous les hommes peuvent accéder à la foi au travers des signes qu'ils reçoivent de Dieu. Il faut les vérifier sans doute, mais il faut surtout en tirer les conséquences. Comme eux nous devons nous mettre en route quand Dieu nous fait signe.

LE MYSTÈRE DE CETTE UNIVERSELLE THÉOPHANIE

Dieu ne se découvre pas en conclusion d'un raisonnement, même si ce raisonnement s'appuie sur la Parole et l'Ecriture. C'est la foi et l'intelligence du coeur qui le révèlent. Dieu est amour et seul l'amour dont nous vivons nous introduit dans son mystère. La meilleure des logiques elle-même ne peut nous y introduire.

Le silence de Dieu est trop souvent issu du bavardage des hommes, de notre manie de parler, d'expliquer, de définir. On comprendrait mieux ce qu'il nous dit avec patience, si l'on savait observer amoureusement les signes qu'il nous donne. Dieu sait attendre que l'homme se taise pour l'entendre, et c'est alors qu'il nous parle et se manifeste.

Si éloignés de nous par leurs religions, leurs convictions, leur athéisme même, les "païens" d'aujourd'hui ne le sont pas de Dieu, parce qu'il les aime tous et sans aucune exception. Les différences sociales et culturelles peuvent nous paraître si grandes que nous avons du mal à croire que le Seigneur est venu pour tous ces hommes, ces milliards d'hommes.

Mais vous savons que l'amour de Dieu est universel et infini, comme est universel le salut en Jésus-Christ, parce qu'il traverse toute l'épaisseur de notre réalité humaine. La nôtre comme la leur. Ce qui suppose la conversion et l'accueil dans la pauvreté et la vulnérabilité qui est le lot de tous les hommes. Les mages savants durent quémander leur chemin. Nous aussi nous avons à le quémander.

Dans le même temps, nous nous demandons pourquoi leur chemin ne rejoint pas le nôtre. Les mages ont pris un autre chemin après la rencontre de l'enfant, roi des juifs et Messie. Saint Matthieu le souligne pour nous dire que le retour vers les scribes n'était pas la bonne orientation.

L'Esprit de Dieu les a guidés autrement. Lui seul sait pourquoi et comment. Acceptons, nous aussi, d'être parfois déroutés de nos certitudes premières.

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La rencontre de Dieu, qui s'épanouira dans la claire vision de sa splendeur, n'est possible que dans l'ouverture, la recherche, la disponibilité et l'acceptation joyeuse et incessante de l'inattendu d'aujourd'hui.

Elle se joue pas seulement au moyen de preuves irréfutables, même si elles sont celles que nous voulons étayer sur l'Ecriture. Cette rencontre ne se réalise que dans une relation vivante et actualisée avec Lui dans la foi. Les scribes d'Israël et les mages d'Orient en sont les témoins, chacun dans la manière dont ils ont vécu le même événement.

"Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux Nations, grâce à l'étoile qui les guidait. Daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d'être conduits jusqu'à la claire vision de ta splendeur." (Prière d'ouverture de la messe)


DIMANCHE 11 JANVIER 2009
LE BAPTÊME DU SEIGNEUR



Références bibliques

Lecture du livre du prophète Isaïe. 55. 1-11 :"Mes chemins ne sont pas vos chemins, mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres."
Cantique d'Isaïe. 12. 2 à 6 :"Il est grand au milieu de vous, le Saint d'Israël."
Lettre de saint Jean. 1 Jean 5. 1 à 9 : Le témoignage de Dieu a plus de valeur et le témoignage de Dieu, c'est celui qu'il rend à son Fils."
Evangile selon saint Marc. 1. 7 à 11 :"C'est toi mon Fils bien-aimé."

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Les Eglises d'Orient parlent de Théophanie là où l'Eglise d'Occident parle d'Epiphanie. Elles relient en effet trois événement dans la liturgie de ce jour : la manifestation aux mages, la manifestation à Jean-Baptiste, la manifestation aux disciples à Cana. La manifestation aux païens, au Peuple de Dieu dans l'attente, à l'Eglise qui sera don de la grâce au travers de l'histoire quotidienne des hommes.

Aux Vêpres de l'Epiphanie, l'Eglise d'Occident regroupe aussi ces trois événements dans l'antienne du Magnificat.

LE BAPTÊME DE JÉSUS


Le baptême de Jésus par Jean est un des événements de la vie de Jésus les plus assurés historiquement. Les quatre évangélistes le mentionnent. Avoir accompagné Jésus depuis son baptême est même une des conditions requises pour pouvoir remplacer Judas l'apôtre défaillant. (Actes 1. 22)

C'est la première manifestation publique du Christ. Lors de sa naissance à Bethléem, il n'avait été révélé qu'à quelques privilégiés. Aujourd'hui, tous ceux qui entourent le Baptiste, c'est-à-dire ses disciples et la foule venue aux bords du Jourdain, sont témoins d'une manifestation plus solennelle, que Jean soulignera d'ailleurs lui-même.

Elle comporte deux aspects : l'aspect d'humilité représenté par le baptême auquel le Seigneur se soumet. L'aspect de gloire représenté par le témoignage humain que lui rend Jean le Baptiste et le témoignage divin que le Père et l'Esprit rendent au Fils, la garantie que cet homme appartient bien à la Trinité divine.

Ces deux aspects sont à retenir dans l'histoire des hommes comme dans la vie intérieure et spirituelle de chaque homme. Les séparer, c'est commettre une erreur. Nous ne pouvons pas nous approcher du Christ glorifié sans nous approcher en même temps du Christ humilié, ni nous approcher du Christ humilié sans nous approcher du Christ glorifié.

Nous ne pouvons approcher et accueillir les hommes nos frères qu'en acceptant leur humble condition, leurs misères, leurs limites et, dans le même temps, de voir en eux des fils de Dieu, bien-aimés par le Père, appelés à partager la gloire du Royaume.

LA GRÂCE DU BAPTÊME

Etant la plénitude de notre humanité, Jésus, en recevant le baptême johannique a fait plus qu'approuver et confirmer un rite. Il l'a transformé en consumant en Lui l'imparfait par le parfait. Lui qui était sans péché, il s'est fait porteur de nos péchés et c'est au nom de nous tous qu'il a fait ce geste public de repentance, nous enseignant dans le même temps la nécessité de la conversion et de la pénitence.

En évoquant cet événement de la vie du Christ, nous devons dépasser l'horizon du baptême johannique pour nous rappeler que nous avons été baptisés en Christ.

Cette grâce baptismale que nous avons reçues, inconscients, dans notre enfance, nous avons à la confirmer chaque jour par un libre choix. L'Epiphanie est non seulement la fête du Baptême du Christ, elle est celle de notre baptême dont nous avons à raviver la grâce qu'il nous a conférée.

Saint Matthieu rappelle la mission de Jésus, le Messie, t'elle que le prophète Isaïe l'avait annoncée :"Pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s'est levée." (Matthieu 12. 16) L'ancienne tradition grecque appelait d'ailleurs l'Epiphanie "la fête des lumières."

Elle nous apporte en effet non seulement une grâce de purification pas la repentance à laquelle nous sommes appelés par Jean-Baptiste et à laquelle Jésus nous invite par son exemple. Elle nous apporte une grâce d'illumination. La liturgie nous le signifie. C'est dans la lumière pascale qu'est donné le baptême, après l'éclipse du Vendredi Saint et la nuit du tombeau.

A nous de vivre cette lumière intérieure dans une absolue fidélité, sans laquelle la vie spirituelle ne serait qu'illusion ou mensonge, sans laquelle tout témoignage auprès de nos frères serait vain. Comme le Christ, nous sommes "lumière du monde" (Matthieu 5. 14) "Devenons fils de lumière" (Jean 12. 36) "Vivons en fils de lumière" (Ephésiens 5. 8)

JÉSUS, LE SERVITEUR


Par ce baptême qui inaugure son ministère, Jésus manifeste le but de sa mission. Il est le "serviteur-sauveur" dont parle Isaïe au chapitre 53. Il est l'Agneau de Dieu (Jean 1. 29) qui délivre l'homme du péché en le prenant sur lui.

La parole qui vient du ciel le désigne comme le fils bien-aimé. Le mot grec qui traduit l'hébreu "serviteur" peut avoir aussi la signification de "fils". En Isaïe, Dieu avait présenté son serviteur :"Voici mon serviteur, mon élu, que préfère mon âme." (Isaïe 42. 1) Jean Baptiste a entendu :" C'est toi mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour." (Marc 1. 11).

Pas à pas, jour après jour, toute la vie de Jésus fera découvrir aux disciples la vérité de cette double réalité : il est le serviteur, il estle Fils, jusqu'à sa mort en croix, quand le soldat païen dira : "Vraiment celui-ci était fils de Dieu." (Marc 15. 39) signant ainsi son adhésion au mystère révélé sur les rives du Jourdain.

La résurrection manifestera aux disciples que la mort de Jésus n'était pas celle d'un maudit, d'un exclu, mais le libre don de soi, un sacrifice agréable à Dieu parce qu'il est le fruit non pas d'une soumission mais de l'amour filial et fraternel.

Et là encore nous retrouvons les deux aspects de l'être de Jésus : l'humilité et la gloire. Dans le quatrième évangile, à l'heure de la Passion, le nom propre du témoignage rendu par le Père à son Fils est la "glorification". :"Père, l'heure est venue : glorifie ton Fils." (Jean 17. 1)

UNE THÉOPHANIE TRINITAIRE


La connaissance que nous avons du Christ ne s'achève pas dans le seul face-à-face du Père et du Fils. L'Esprit est le troisième qui témoigne de la vie divine de Jésus. Celui-ci le rappelle à Nicodème et c'est l'Esprit qu'il enverra à ceux qui croient en lui. Le Père et le Fils enverront l'Esprit au long des âges. (Jean 14. 16 à 20 - 15. 26 à 16.15)

L'Esprit peut nous être donné à partir du Fils parce qu'il habite souverainement en lui. Il n'est donc pas étonnant que la mission de Jésus débute, temporellement, par une manifestation de l'Esprit lié à son Baptême et qu'elle se termine, visiblement, par le commandement donné aux Apôtres d'aller baptiser au nom du Père et du Fils et de l'Esprit. (Matthieu 28. 19) Par le baptême, l'Esprit est communiqué à ceux qui s'ouvrent à la foi.

Le Père, le Fils et l'Esprit, révélés au monde lors du baptême de Jésus, sont inséparables parce qu'ils sont relation d'amour. Nous touchons là à ce qu'il y a de plus profond et de plus intime dans le mystère de Jésus.

Le ministère rédempteur du Christ en faveur des hommes rejoint la vie d'intimité du Fils avec le Père et l'Esprit.

C'est ainsi qu'il sera désormais avec nous. C'est cela qu'il exprime dans sa prière au soir du Jeudi-Saint, alors qu'il vient de partager son Corps et son Sang durant le repas qu'il prit avec ses apôtres. A nous de le réaliser en chaque Eucharistie où, nous aussi, nous partageons son Corps et son Sang "pour la Gloire de Dieu et le salut du monde."

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"Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à Lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d'auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l'Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification. Que ce même Esprit-Saint, nous t'en prions, Seigneur, sanctifie ces offrandes." (Prière eucharistique 4)

"Dieu éternel et tout-puissant accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté." (Prière d'ouverture de la messe)


DIMANCHE 18 JANVIER 2009
DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du Livre de Samuel : 1 Samuel 3 à 19 : « Tu m’as appelé, me voici…Ton serviteur écoute. »
Psaume 39 : Tu as ouvert mes oreilles… j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 6. 13 à 20 : »Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps. »
Evangile selon saint Jean. 1. 35 à 42 : « Venez et vous verrez… ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »

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Dieu nous parle parce qu’il est un être vivant. Quand un être s’exprime c’est qu’il a un trop plein d’amour à faire connaître et à communiquer aux autres. Dieu nous parle par celui-là même qui est sa Parole, son Verbe, son « Logos » C’est ce que saint Jean l’apôtre a découvert sur les bords du Jourdain.

LE PROLOGUE NOUS DIT SA DECOUVERTE

Les versets 19 à 51 du premier chapitre de l’évangile de saint Jean prolongent ce qu’ils y dit dans les versets 1 à 18. Jésus est bien la lumière du monde et le Baptiste en témoigne dans ses réponses aux questions des Pharisiens.

Dieu, personne ne l’a vu. C’est son Fils unique qui le fait connaître au monde (Jean 1. 18) : »J’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le Fils de Dieu. » (Jean 1. 34à « Ceux-là sont nés non d’un vouloir d’homme, mais d’un vouloir de Dieu. » (Jean1. 12) « C’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33)

Ce n’est pas un simple exercice littéraire que de mettre en parallèle ces deux séquences du prologue du quatrième évangile. C’est bien ce qu’a vécu Jean l’évangéliste en ces heures de l’appel, puis au cours des années de vie partagée avec Jésus. Sur les routes de Palestine, au pied de la croix, au matin de la résurrection quand il accourt au tombeau, Jean reçoit la révélation de cette présence divine qui a été si proche de lui.

« Venez et vous verrez,. » lui avait dit Jésus. « Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché. »

Au long de sa prédication comme au travers de son témoignage dans les premières communautés chrétiennes, il découvre l’intimité de cette présence divine en lui. « Tous nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » (Jean 1. 15) Beaucoup de ceux qui témoignent de la pensée et de la vie du Christ devant leurs frères, découvrent aussi cette présence. Jean le traduit ainsi dans ses lettres : »Nous demeurons en lui et lui en nous. Il nous a donné de son Esprit. » (1 Jean 4. 13)

PLUS QU’UN SOUVENIR LOINTAIN

Le récit de la rencontre de Jean et d’André avec Jésus est plus détaillée que ne le sont d’ordinaire les récits du 4ème évangile. Il a l’aspect d’un souvenir, lointain peut-être mais toujours proche parce repris dans sa mémoire, inventorié et ravivé comme il en arrive des événements qui ont changé le cours de notre vie.

L’emploi de la forme sémitique « Rabbi » nous dit bien qu’elle est la première recherche de ces deux disciples. Jean n’oubliera jamais ce qu’il a prononcé. Mais Jésus dépasse cette attente. L’évangéliste n’oubliera jamais l’intensité du regard du précurseur sur Jésus : » Attachant son regard sur Jésus qui passait. »(Jean 1. 36)

« Rabbi » était parfois un terme de politesse. En fait, l’évangéliste utilise en grec un terme très précis. « Didascalos, celui qui enseigne. » Ils sont en quête intérieure pour entendre son enseignement. Ils rejoignent la vie intérieure du Christ.

Ils pensaient suivre un maître qui enseigne. La grâce et la force de l’Esprit Saint dans le Christ vont les mettre en communion avec celui qui Vérité et Vie. Ils vivent les premières heures de la proximité divine.

QUAND JÉSUS PASSE

Jésus passe, sans s’arrêter, comme pour ne pas provoquer une nouvelle déclaration, comme pour montrer déjà l’étape franchie entre lui et le Précurseur. Jean-Baptiste leur répète brièvement ce qu’il a déclaré la veille : »C’est l’agneau de Dieu, celui qui est plus important que lui, le précurseur.

Ce rappel plus incisif que le premier est aussi plus décisif, comme cela nous arrive dans notre vie quand un discours passe de la réflexion de l’intelligence raisonnante à sa transcription dans la volonté du vécu, grâce à l’intelligence du cœur, où réside l’amour.

Lors de cette rencontre, le Christ s’y montre avec moins d’empire que dans la vocation des bords du lac. Au Jourdain, il y a comme une séduction persuasive et cette première entrevue explique bien la vocation définitive de ces premiers disciples. En l’évoquant, il ne se souvient pas s’ils étaient ou non avec le Baptiste ou si, selon ce que nous en savons, il y avait d’autres disciples. Leur mémoire n’a conservé que l’intensité de ce moment vécu par eux deux.

Jésus se retourne et les regarde attentivement. Sa demande est la première parole qu’il prononce dans l’évangile johannique. Elle ne peut être une phrase banale : »Vous désirez me parler ? » Elle équivaut à « Avez-vous besoin de quelque chose ? » tout en autorisant un sens plus profond.

Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu’ils attendent de lui un bien d’ordre moral et spirituel, dont ils ne savent pas comment le dire. :Que cherchez-vous ? » est une question qui est posée à nous tous, à tout lecteur de l’Evangile. Nous cherchons un sens un « plus d’être » et non pas un « avoir. »

L’ACCUEIL DE NOTRE ATTENTE

Les villages étaient rares au bord du Jourdain, mais on pouvait y dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux selon les coutumes de ce temps. J »sus avait là sans doute un abri temporaire pour les jours qu’il avait résolu de demeurer aux alentours du Baptiste, ce que suggère le texte qui parle de : "là où il demeurait." (Jean 1. 39)

La réponse de Jésus est calquée sur la demande. Mais comme la demande impliquait plus que ne le disaient les termes, la réponse a dû être accompagnée d’un sourire, ajoute le P. Lagrange dans son austère commentaire de la collection des « Etudes bibliques. » : »Vous verrez où je demeure, soyez les bien-venus. »

Ils virent. Mais quoi ? et l’évangéliste ne dit rien de ce que nous aimerions savoir. Que ce sont-ils dit depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’au soir, et le lendemain encore après la nuit passée en cet abri ? Nous savons seulement qu’ils sont venus à la source de la Parole de Dieu.

Il nous faut aussi revenir à la source d’origine de notre vocation pour la vie qui est la nôtre, si nous voulons puiser l’eau pure de nos véritables intentions, l’eau pure qu’aucune pollution n’a touchée durant son cheminement dans l’espace et le temps de son parcours vers la mer. Pour s’y abreuver, il nous faut remonter alors à contre-courant de nous-mêmes et de bien des situations dans lesquelles nous nous sommes enfermés.

Le Jourdain de Jean le Baptiste n’est pas la source jaillissant en vie éternelle. La source, c’est Jésus. « Nous avons trouvé ! » peut s’écrier André en appelant son frère Pierre à partager sa découverte. Et Pierre répond immédiatement, ce qui nous suggère qu’il désirait lui aussi le rencontrer. Il suffisait d’un mot pour l’entraîner.

En l’accueillant, Jésus, comme il l’avait fait sur André e Jean (Jean 1. 36) pose son regard sur lui, avant de prononcer une parole importante pour le Royaume à venir. Ce n’est pas l’invitation souriante et persuasive de la veille. C’est avec autorité qu’il prend possession de son disciple en changeant son nom et en lui imposant sa décision. « Désormais tu es Pierre. » Comme Dieu l’avait fait à Abraham.

L’ACCUEIL DE SON APPEL

André, Jean, Simon-Pierre, chacun à sa manière, entendent l’appel et chacun, à sa manière, y répond. Le Seigneur ne demande pas l’uniformité. Il respecte chaque personnalité, il accepte et même endure les imperfections, allant jusqu’au reniement de saint Pierre. Mais, en eux comme en nous, il sait notre attitude fondamentale et c’est sur elle qu’il appuie son appel.

Les autres lectures de la liturgie de ce dimanche nous sont instructives en ce domaine. Le jeune Samuel entend la voix de Dieu, mais il ne la discerne pas. Il lui faudra l’intervention du prêtre Eli, qui est loin d’être une « perfection », pour entendre « le Seigneur qui vient se placer près de lui… et Samuel répondit ‘parle, ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3. 19)

Les habitants de Corinthe avaient une très mauvaise réputation de débauches de toutes sortes. Il n’y succombait pas tous, mais l’ambiance était tout aussi délétère que celle que nous connaissons dans nos villes contemporaines ou dans les productions médiatiques qui pénètrent en nos foyers. Mais « celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec lui… vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes… vous rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Cor. 6. 13)

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« C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. » (Prière eucharistique N° 3)

« Tu verras l’Esprit-Saint descendre sur un homme. C’est lui qui va baptiser avec l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33) Puissions-nous vivre ainsi en chaque Eucharistie ! La grâce de Jésus, Notre-Seigneur. L'amour de Dieu le Père. La communion de l'Esprit Saint.


DIMANCHE 25 JANVIER 2009
TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du livre de Jonas. 3. 1 à 10 : " Proclame le message que je te donne pour elle. »
Psaume : " Fais-moi connaître ta route. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 7. 29 à 31 : " Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »
Evangile selon saint Marc. 1. 14 à 20 : " Convertissez-nous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

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La séquence évangélique de ce dimanche est composée de deux épisodes qui sont liés dans le temps et qui, sans trop forcer les textes, se suivent dans la logique du message apporté par Jésus : La Bonne Nouvelle proclamée aux habitants de Galilée. L’appel définitif des disciples de Jésus.

Orientez votre vie, votre comportement, votre volonté, votre idéal dans le sens de ce message. Réorientez-les s’il le faut.

LE ROYAUME EST A PROXIMITÉ

La police d’Hérode a mis la main sur Jean le Baptiste. Il est emprisonné. Sa mission, sa prédication et son Baptême n’ont plus leur raison d’être. Leur temps est accompli. La longue attente et la longue préparation du Peuple de Dieu a trouvé son achèvement en Jésus-Christ. Car Jésus ne prend pas la simple suite de Jean. Il ne vient pas convertir par un baptême de pénitence. Autre est sa mission. Il annonce l’Evangile de Dieu.

Il ne proclame pas une bonne nouvelle parmi d’autres nouvelles. Il n’annonce pas une « nouvelle » qui aurait Dieu pour objet. La Bonne Nouvelle donnée par Jésus au nom de Dieu, c’est lui-même qui est la Parole de Dieu et elle concerne le salut. Il vient nous « dire » que la présence de Dieu s’exprime au milieu de nous.

C’est ainsi que l’avait compris la communauté chrétienne des premiers chrétiens. Saint Paul le proclame chaque fois qu’il parle de « Bonne Nouvelle-evaggelos ». Lui, Paul, a été mis à part pour cette annonce « qui a été promise par les prophètes dans les Ecritures Saintes. (Romains 1.1 – Romains 15. 16 – 2 Corinthiens 11. 7) Et saint Pierre confirme l’apôtre Paul (1 Pierre 4. 17)

Le Royaume de Dieu est donc maintenant à proximité. Le temps nouveau annoncé par Jean Baptiste est arrivé. La mesure du temps précédent est pleine. L’autre temps est là. Il s’est approché, si proche qu’il est soudé à l’ancien. Il n’y a aucun intervalle entre Jean et Jésus. Le baptême de Jésus en a été la signification et la réalisation.

Jean en a reçu la confirmation quand Jésus est descendu dans le Jourdain. L’Esprit de Dieu sur celui sur qui il verse de l’eau. Le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé et non pas seulement comme un prédicateur.

Le « tout proche » doit être entendu dans le sens : »Il est à côté de vous. » Il est au milieu de nous. « Tu n’es pas loin du Royaume », dira Jésus au scribe qui parlait avec lui des deux commandements fondamentaux qui concernent notre relation avec Dieu. (Marc 12. 34)

CROYEZ A L’ÉVANGILE

Ainsi la réalité de ce royaume n’est plus à attendre dans l’espérance d’un avenir plus ou moins proche. Il nous faut dès maintenant y entrer puisqu’il est « à notre porte ». Nous avons dans notre mémoire ces paroles de Jésus qui évoque la porte étroite ou la porte qu’il ouvre pour son troupeau.

Pour y entrer, il faut nous « convertir. » Se convertir, c’est accueillir la plénitude de ce mystère dans la foi (Luc 8. 10). Marc a bien remarqué que cette parole est fréquente chez Jésus. Il ne parle pas d’abord de la foi comme d’une première étape nécessaire si on veut le rejoindre. Elle ne peut rester « théorique ». Il demande une nouvelle orientation de tout notre être, dans la pensée comme dans le vouloir.

Cette nouvelle orientation ne se décide pas au terme d’un raisonnement ou d’un cheminement sentimental. Elle doit s’accompagner de la foi en la « Bonne Nouvelle » qui nous fait entrer dans les desseins de Dieu. « Si vous ne devenez pas semblables … si vous ne quittez pas… » Ces paroles de Jésus, et bien d’autres différentes selon les personnes et les circonstances, le rappellent maintes fois au cours de ses rencontres sur les routes de Palestine.

Marc note que Jésus ne vient pas en Galilée pour y prêcher seulement quand il y sera arrivé. Il y vient tout en proclamant cet Evangile de Dieu, depuis les bords du Jourdain, durant toute sa route et jusqu’aux rives du lac de Tibériade. « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile », c’est bien là tout le programme de sa prédication et non pas une formule stéréotypée.

« Cette conversion, dans le texte grec, se nomme « metanoia », « changement ». Quand un écrivain corrige la construction de sa phrase, c’est une « metanoia », quand une découverte nous fait regarder autrement, c’est une « metanoia ».

Cette démarche doit être la nôtre. Il faut nous renouveler sans cesse, nous réorienter souvent, selon les circonstances de notre vie et les impasses où nous nous sommes engagés.

Cette démarche, au sens évangélique, ne peut se vivre que dans la foi parce que c’est elle qui nous fait découvrir, progressivement, et non pas du jour au lendemain, le dessein de Dieu sur nous et les tâtonnements que sont nos réponses.

VENEZ A MA SUITE

La décision et la démarche des quatre premiers disciples sont dans la suite logique de ce revirement que le Christ demande, à eux comme à nous.

Pierre et André abandonnent leurs filets alors qu’ils sont en train de les lancer. S’il les appelle, c’est pour s’assurer le concours de quelques disciples ou plus exactement en faire des coopérateurs. Ce n’est pas seulement pour leur confier sa doctrine. Il appelle des pêcheurs qui jettent leurs filets, pour les faire devenir pêcheurs d’hommes qui lanceront ainsi la Parole de Dieu. Ils amèneront des hommes au point où Dieu les veut, aux rivages même de Dieu.

L’évangéliste souligne dans le même temps, cette nécessaire progression qui sera demandée aux disciples tout au long de leur vie au service de l’Evangile, pour « devenir » : « Je ferai de vous … »

Jacques et Jean sont en train de réparer les filets avec leur père et des employés salariés. Il y a là un contraste que Marc a observé et qu’il souligne. Simon et André ont abandonné leurs filets. Jacques et Jean abandonnent leur père. Les deux fils le laissent avec des hommes qui travaillent non par amour filial et familial, mais pour un salaire. Marc d’ailleurs utilise le terme de « mercenaires » que nous traduisons par « salariés », ce qui n’est tout de même pas la même choses. Les deux fils « s’éloignèrent de leur Père ». Ils ne sont plus à ses côtés en se plaçant « derrière Jésus. »

Dans les deux cas, Jésus ne fait pas de longues démonstrations pour convaincre. Il n’a rien dit ni rien fait qui lui donnât de l’autorité sur ces quatre premiers disciples. Il peut mettre en mouvement leurs volontés. Il peut les ré-orienter les uns dans une autre situation de pêcheurs, les autres dans une autre situation de relations familiales.

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« Convertissez-vous et croyez en cette Bonne Nouvelle » que j’annonce. Ou plutôt, croyez en moi qui suis « la Bonne Nouvelle », le Chemin, la Vérité, la Vie.

« Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. » (credo de Nicée-Constantinople)


DIMANCHE 1 FÉVRIER 2009
QUATRIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Deutéronome 18,15-20 : " Parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l'écouterez."
Psaume 94 : " Allons jusqu'à Lui, en rendant grâce."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 7,32-35. "Pour que vous soyez attachés au Seigneur sans partage."
Évangile selon saint Marc : 1, 21-28 :" Qu'est-ce que cela veut dire ?"


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En ce dimanche ne cherchons pas trop à relier chacune des lectures à l'autre lecture. Cherchons plutôt à situer la lettre aux Corinthiens dans son contexte et à situer l'évangile au début du ministère de Jésus.

LIBRES DE TOUT SOUCI

En effet, nous ne devons pas dissocier de son contexte ce passage extrait de la lettre aux Corinthiens. Saint Paul le situe non dans une perspective d'opposition mais celle d'une fidélité "au charisme que Dieu nous a accordé, l'un ce charisme, l'autre un autre charisme. (1 Cor. 7, 7)

Il ne faut pas dénaturer la pensée de saint Paul en la détachant de l'ensemble de vie qui est celui de chacun et de chacune, pour en faire l'unique panégyrique de la virginité. L'Apôtre aborde là les exigences de la vie dans le sacrement de mariage, dans la réalisation de ce charisme reçu de Dieu.

Paul souligne les avantages du célibat, qui permet d'être plus "disponible pour Dieu". La vie conjugale réclame l'amour et le don de soi. Mais si "le célibat pour le Seigneur" ne s'accompagne pas d'un don total au service de Dieu et de ses frères, il n'est qu'une supercherie puisque alors on n'est attaché par amour à personne, pas même au Seigneur.

Les versets 3 à 5 précise même ce chemin qui doit conduire à la prière les époux dans leur vie commune.

L'homélie qui commentera la lecture de ce dimanche ne peut donc faire l'impasse de ce qui la précède d'autant que les versets 13 et 14 sont un éclairage pour bien des situations que nous connaissons dans notre monde contemporain.

DANS LA CONDITION QUI EST LA NÔTRE

Écouter le Christ, c’est se laisser transformer par son enseignement, pour mieux s’engager à sa suite dans son œuvre de libération, selon notre vocation propre. Par delà "le souci des affaires de notre vie" , conjugale, familiale et sociale, savoir rester "attachés au Seigneur... corps et esprit", car nous ne pouvons dissocier et séparer ce que Dieu a uni dans le mariage.

En définitive c'est ce sens que nous devons donner à la prière liturgique de ce dimanche :" Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t’adorer sans partage, et d’avoir pour tout homme une vraie charité. »

Il faut véritablement que nous devenions un « oui » pour Dieu, un oui total et plénier pour prier dans les conditions de vie qui sont celles de notre vocation et que chacun de nous soit de plus en plus libre pour aimer comme Jésus lui-même nous a aimés.

A LA SYNAGOGUE DE CAPHARNAÜM

Le deuxième temps de cet évangile. " Ce texte n'est pas à lire isolé. Il est à méditer dans le contexte de la révélation progressive de la personnalité de Jésus de Nazareth qui est plus qu'un prophète." (Pierre Jounel)

Comment les scribes entendent-ils la Parole du Seigneur, comment la foule la perçoit, comment le possédé réagit.

Nous sommes ici au début du ministère de Jésus. Son enseignement le révélera et, au travers de lui, révélera la pensée de Dieu durant les années à venir comme nous le voyons en saint Jean, ch. 12, 42 et 12, 49

Avec ses premiers disciples, Jésus passe le sabbat à Capharnaüm: il y manifeste son autorité hors du commun, tant par son enseignement que par la guérison des possédés et des malades.

Pour l'heure, Jésus se rend à la synagogue et y enseigne. Après la catéchèse de la Loi par un scribe, sans doute a-t-il lu un texte prophétique (Marc ne nous dit pas lequel) Jésus fait l'homélie, comme à Nazareth.

Il provoque l'étonnement admiratif de son auditoire. A l'inverse des scribes qui se souciaient avant tout d'expliquer la lettre du texte sur la base des commentaires reçus de leurs maîtres, Jésus s'exprime comme quelqu'un qui sait de quoi il parle, et ne se contente pas de répéter ce qu'on lui a appris. Ne se référant à personne d'autre que lui-même, il apparaît libre à l'égard de la Loi qu'il interprète avec autorité.

C'est pour nous libérer des idées reçues et des réponses toutes faites que Jésus vient, aujourd'hui encore, nous parler avec autorité.

LE POSSÉDÉ

La guérison d'un possédé qui interrompt Jésus par ses vociférations confirme la puissance dont fait preuve le "Saint de Dieu"; elle ne peut que provoquer la question: Qui est cet homme?

Reconnaissons notre gêne devant pareil récit. Aujourd'hui, la médecine et la psychologie des profondeurs rabaissent à un niveau purement pathologique ce que l'antiquité attribuait au monde surnaturel. "Schizophrénie", penseront certains devant ce soi-disant démoniaque.

Ne tombons pas dans le piège d'un nouveau conformisme par le recours exclusif aux sciences humaines et aux philosophies du soupçon. C'est pour nous libérer des idées reçues et des réponses toutes faites que Jésus vient, aujourd'hui encore, nous parler avec autorité.

Chacun doit faire advenir la vie de Dieu en lui pour sortir de l’esclavage et se purifier. La lumière pointe à l’horizon certes, mais le combat spirituel dans lequel nous sommes engagés est rude.

Aujourd’hui encore, Jésus fait advenir la lumière à son peuple, Il fait advenir la liberté et l’amour. Nous sommes à la suite de Jésus pour prier et réaliser à la mesure de nos possibilités la libération du monde et des hommes qui nous entourent.

Reprenons une fois encore la prière liturgique de ce dimanche : " Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t’adorer sans partage, et d’avoir pour tout homme une vraie charité. "

NOTRE LIBERTÉ

Nous sommes ni possédés ni schizophrènes. Mais il faut que chacun de nous soit de plus en plus libre pour aimer comme Jésus lui-même nous a aimés. Il faut véritablement que nous devenions un « oui » pour Dieu, un oui total et plénier pour vivre notre humanité que sa résurrection a divinisée.

Le vrai disciple est celui qui cherche toujours à approfondir ce mystère qu'est Jésus. Si sa foi est certitude et joie profonde, elle reste aussi recherche et question. " Qui est-il ? Jamais homme n'a parlé comme cet homme".

Quand on ne se pose plus de question sur Jésus, c'est qu'on l'a "classé aux archives"… On met aux archives ce qui ne sert plus, mais dont on pourrait éventuellement avoir besoin un jour. Jésus n'est-il pas un "dossier classé" pour moi ?


Dieu cherche à faire de nous des hommes libres, qui s'assument, même si ça nous remet un peu trop en cause, "secoué, avec violence" dit saint Marc.

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Saint Jérôme commente ainsi : "Sors de cet homme. L'homme est ma demeure. Ce corps que tu possèdes est quelque chose de mon corps. J'ai pris moi-même un corps humain." (patrologie latine - 2/139)

Soyons libérés par la grâce de la présence du Christ en nous.


DIMANCHE 8 FÉVRIER 2009
CINQUIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du livre de Job. 7. 1 à 7 : " Ma vie n’est qu’un souffle. »
Psaume 146 : " Il est bon de fêter notre Dieu. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 9. 16 à 23 : " Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile. »
Evangile selon saint Marc. 1. 29 à 39 : " C’est our cela que je suis sorti. »

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Nous pouvons centrer notre réflexion et notre méditation sur l’évangile de ce dimanche puisqu’il nous apporte plusieurs éléments qui sont de ceux que nous avons à vivre d’une manière ou d’une autre. A nous de les transposer dans notre existence quotidienne.

Ce passage en effet est une sorte de résumé des activités de Jésus, en même temps qu’il nous en signale les points forts : prier, témoigner, guérir.

LE TEMPS DE LA PRIÈRE

Jésus s’est reposé. Il connaît les limites de ses forces. Parfois même les apôtres doivent le tirer violemment de son sommeil alors que la tempête s’est levée sur le lac et qu’ils ont peur de sombrer.

Il commence à prier alors qu’il fait encore nuit. Le texte grec nous dit : »au matin, tout à fait de nuit. » Il prie avant l’aube jusqu’à l’heure où se lève la lumière et les couleurs matinales de l’Orient, si fraîches et si pures. C’est déjà toute une leçon. La première heure est à Dieu son Père.

Il a quitté la maison de la belle-mère de Pierre et s’est rendu, solitaire, dans un lieu calme et silencieux. Sa prière a besoin de cette dimension. Dans le même temps, il ne veut pas déranger ceux qui dorment encore. Il ne veut pas non plus que cet instant privilégié de tête-à-tête avec son Père puisse être interrompu par la présence indiscrète d’un apôtre matinal ou par les faits et gestes de la ménagère aux premières heures. Cette attitude de Jésus doit nous être un exemple.

En fait il n’est jamais totalement solitaire, replié sur lui-même comme le sont les adeptes des sagesses orientales. Il ne quitte le cadre de sa vie active que pour entrer en relation avec son Père. Nous en savons le contenu puisqu’il l’a révélé à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint (Jean 17). C’est une prière d’adoration et de jubilation : »Je te rends grâce, Père ! »

Nous, nous estimons que nous avons tellement de choses à demander, et surtout à obtenir, que nous en devenons très bavards. Il nous est alors difficile de nous laisser imprégner de cette présence divine, qui nous couvre comme la rosée couvre le sol au lever du jour.

Nous pourrions entrer pleinement dans l’intimité de Dieu, si nous savions sortir de nous-même, de nos préoccupations, de nos habitudes où s’enlise notre personnalité d’enfants de Dieu. « Il sortir et il alla dans un endroit désert. »

LE CRI DU COEUR

La prière de Jésus ne le détache pas du monde des hommes. Bien au contraire, elle l'y enracine. Son humanité entière leur est consacrée. C’est pour ses frères qu’il est venu leur apporter le salut et la découverte de la gloire de Dieu.

« Il proclame la Bonne Nouvelle ». Cette formule revient deux fois pour indiquer ce qui est trame de ses journées. Il proclame, et le verbe grec « kerussein » est significatif. C’est « crier » d’où vient d’ailleurs l’étymologie de ce terme français. Certains commentateurs disent qu’il devait parler fort pour être entendu par la foule. Saint Marc a choisi un terme qui n’a pas le sens d’intensité phonique, mais qui utilisé quand on veut dire : »Le cri du cœur. »

Sa prédication n’est ni fade ni doucereuse. Elle est le cri de la Vérité, même quand il parle paisiblement, calmement, amicalement. Il impressionne par la qualité de ses affirmations et non par sa véhémence. Un vieux proverbe français dit : »Si tu cries trop fort, c’est que tes arguments n’ont pas de force. »

Parler de son Père est une nécessité qui s’impose à lui, comme elle s’impose à ses disciples. « C’est por cela que je suis sorti. » « C’est une nécessité qui s’impose à moi ! » s’écrit saint Paul aux Corinthiens dans la lecture de ce dimanche.

Le message dont nous sommes porteurs ne peut rester ignoré. Saint Paul ne décline pas une méthode stratégique pour sa prédication ; il nous dit, avec simplicité, qu’il se sent tout à fait semblable à ceux à qui il s’adresse. « Ce qui est faible, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort. » (1Cor. 1. 27 et 28)

Nous aussi, nous avons à faire entendre la Vérité, mais sans nous mettre à part, ni au-dessus, ni différent. Nous avons à être tout à tous, parlant de Dieu d’une manière directe et simple, vivant avec les hommes nos frères. Nous ne sommes pas autrement qu’eux. « Je me suis fait juif avec les juifs… sans loi avec les sans loi… j’ai partagé la faiblesse des plus faibles. C’est bien par toute notre vie, si simple soit-elle, que nous avons à faire entendre ce qui est le fond de notre cœur : nous participons à la Vie divine.

GUÉRIR ET LIBÉRER

Jésus, tout au long de sa vie, a combattu les maux dont souffre l’homme. Ils s’appellent ignorance, fièvres, esprits mauvais. L’annonce du salut s’accompagne non par des faits magiques ou étonnants, mais par des « signes » que le Règne de Dieu est à proximité de ceux qui l’entendent ou le rencontrent. Dieu, par le Christ Jésus, est victorieux de tout ce qui fait mal à l’homme et à tout homme.

La première lecture de ce dimanche, tirée du livre de Job, nous envahit par son pessimisme : » La nuit n’en finit pas. » Ce passage est trop bref pour exprimer tout le cheminement spirituel de ce pauvre homme Job, car ce livre n’est pas un livre de désespérance.

Ses interrogations nous conduisent à des conclusions sur lesquelles rebondira le Nouveau Testament. Il y a la responsabilité des hommes, il y a la responsabilité de Dieu. En dépit de cette situation de détresse, Job maintient sa fidélité à un Dieu dont les desseins et les actes qui les traduisent, le dépassent.

Dans cette nuit où se trouvent souvent les hommes, le Christ, lumière, vient apporter sa clarté décisive et faire naître une espérance véritable.

Jésus s’approche de l’homme souffrant, lui tend la main et saisit le malade. Cette guérison, cette libération du mal, se fait sans paroles inutiles. Il ne se perd pas en de longues justifications ou en commentaires prolixes. L’alleluià qui précéde la proclamation de l’Evangile nous en dit la raison : » Il a pris sur lui notre faiblesse, il s’est chargé de nos douleurs. »

Nous aussi, nous vivons au milieu de la peine et de la souffrance des hommes en même temps que nous portons les nôtres. Ils n’en attendent pas de nous de longs discours, mais des gestes tout simples qui viennent de notre cœur et leur expriment ce dont il est plein, de Dieu qui est amour.

Beaucoup de nos contemporains, et plus que nous le pensons, chrétiens ou non, vivent cet amour dont Dieu a chargé tout cœur humain. Nous les ignorons parce que ces actes de partage sont le plus souvent vécus dans l’humilité et le silence.

***

« Dans ton amour inlassable, Seigneur, veille sur ta famille. Puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection. » Cette oraison du début de la messe est à elle seule toute une théologie : amour inlassable alors que nous nous lassons si souvent. Unique espoir, alors que nous sommes tentés de le chercher ailleurs.

L’antienne de la communion nous fait chanter : »Proclamer l’amour du Seigneur, ses merveilles pour les hommes. » Nous oublions de clamer devant nos frères ce qui devrait être notre cri du cœur : »Père, je te rends grâce ! »

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